Quand cette larve traînait son épouse et leur petit garçon au Commissariat
Tout au long de la période de "vie commune" (si l'on peut dire ...) qui s'est étalée sur 11 années de mariage pour notre mère, durant laquelle tant cette dernière que nous-mêmes, les 2 enfants, avons dû subir le joug du magistrat Roche, notre bourreau n'a cessé de s'appliquer cerscendo à faire de la vie de sa petite famille un véritable enfer au quotidien.
En effet, on peut dire que cet homme, dont la brutalité physique n'avait d'égale que la perversité mentale, ne nous aura épargné aucune outrance en matière de sévices. Et les extrémités jusqu'auxquelles il a poussé la panoplie des mauvais traitements qui nous ont été infligés sont tout à fait significatives du degré de sadisme de ce maniaque psycopathe qui eût d'ailleurs été trop lâche pour satisfaire de la sorte ses bas instincts s'il ne s'était pas su protégé par son statut de magistrat et sciemment couvert par sa hiérarchie.
Et quand on sait que le moindre magistraillon de province est un supérieur hiérarchique de chaque policier français, chacun d'entre eux étant noté par les magistrats, lesquels peuvent faire (ou défaire...) les carrières de flics selon leur bon plaisir, cela permet de mettre tout particulièrement en perspective le récit qui va suivre.
Cela sans oublier le corporatisme étouffant qui règne au sein d'une magistrature bien prompte à faire bloc derrière les moins défendables de ses membres. Puisque cette caste de technocrates méprisants est prête à tout pour le maintien de leurs privilèges, au premier rang desquels se trouve leur statut d'intouchables. Le tout après s'être accaparé un pouvoir judiciaire initialement confié pour servir, mais désormais mobilisé pour asservir - le Droit se voyant travesti par les hommes en robe, passant d'instrument de Justice à moyen de domination.
Pour en revenir à la période infernale qui précède le divorce et qui préfigurait ce qui devait suivre, tant notre mère que Charles-Louis gardent des souvenirs absoluments surréalistes de cette époque de malheur, gravés à tout jamais dans leur mémoire par les expériences traumatisantes qui furent leur lot dans ces douloureux moments. Même Charles-Louis, enfant à cette époque, comprenait déjà beaucoup de choses au vu de tout ce à quoi il a assisté - et lorsque même l'appartement familial devient un lieu de souffrances, tout être conscient, aussi jeune soit-il, est bien obligé de s'adapter à la survie en milieu hostile.
Aussi, le temps nous manquant (mais pour l'instant seulement ...) pour vous détailler, dans toute sa férocité, le catalogue des comportements innomables d'un magistrat qui juge les autres envers sa femme et la chair de sa chair, à savoir leurs enfants communs, voici déjà le récit d'une folie, entre mille, s'étant produite à l'époque.
Le récit en question permettra de vous ouvrir une nouvelle fenêtre sur cette période, que nous avons passée dans les griffes du monstre, et qui fût pour nous très sombre. Et si sa violence coutumière est absente, en tout cas pour ce qui est de sa brutalité physique, d'une histoire mettant plutôt en lumière l'aspect harcèlement moral du véritable martyre quotidien, aux multiples aspects, divers et variés, que notre géniteur entendait nous faire souffrir à tous trois, cet épisode versant plutôt dans l'extravagance, celui-ci reste néanmoins très symptomatique à la fois du personnage et de ce que nous avons vécu.
La scène se déroule à Rouen, au début des années 1980 - où Pierre Roche occupait à ce moment là la position de Substitut Général à la Cour d'Appel.
Pour resituer les faits chronologiquement, il faut préciser que ceux-ci se déroulent, donc, postérieurement à l'époque où, Premier Substitut au tribunal de Draguignan, Pierre Roche allait dans des boites à partouze de la côte donner libre cours à sa sexualité, débridée, de water-closet, ainsi qu'à ses insanités photographiques en compagnie de Mireille Luccerini, qui faisait le tapin dans cette même ville, et alors que le même Pierre Roche ignorait encore que son goût immodéré pour l'immortalisation de ses excès de saleté sous forme de photos porno amateur allait, par la suite, lui valoir un passage forcé du statut de client à celui de mari au moyen d'un chantage plus qu'embarrassant.
Et ce récit se place aussi, de même, après la naissance de Diane, c'est-à-dire, pour préciser le contexte, postérieurement au moment où notre mère, de retour du Midi, où elle était venue accoucher de Diane, trouva, à son retour à Rouen, son appartement saccagé suite à un séjour sur place de Mireille Luccerini, que Pierre Roche n'avait pas hésité à installer sans vergogne dans son appartement, dans ses meubles, dans ses vêtements, bref à sa place à Rouen, pendant que son épouse mettait au monde à Béziers leur petite fille. D'ailleurs, tant les conditions que le détail de cette triple mise à sac à la fois de l'appartement, de son contenu et de nos vies, qui relèvent de la folie furieuse, font l'objet d'un article qui leur est consacré à la rubrique au fou, et que vous y trouverez sous l'intitulé : Le saccage du domicile conjugal, ou comment un magistrat haut-placé a installé une catin dans l'appartement familial pendant que son épouse mettait au monde dans le Midi leur petite fille.
Par un calme après-midi d'automne, l'atmosphère est aussi étouffante et électrique qu'à l'habitude dans l'appartement Rouennais où le magistrat Pierre Roche séquestre les souffre-douleur attitrés qui servent d'exutoire habituels à sa violence, tant physique que morale.
On est samedi, et l'animal, nerveux, tourne en rond comme un lion en cage, on ne peut plus agité. Conformément à ses bonnes vieilles habitudes en pareil cas, le voilà qui investi la salle de bains, qui se parfume comme une cocotte (ce qui était de circonstance) et qui, après avoir exigé de nouveaux vêtements, lavés et repassés de frais, au motif que "je vais sortir", enfile aussi sec sa panoplie de Don Juan de pacotille.
Bref, voilà Pierre Roche, magistrat marié et père de famille, incapable de contrôler son taux d'hormones mâles lorsque retentit l'appel de la forêt, qui se fait beau en narguant notre mère avant d'aller rejoindre quelque poule professionelle dans les bas-fonds des quartiers chauds de notre bonne ville de Rouen - où il ponitife tous les jours en robe à la Cour d'Appel.
Or, Pierre Roche est un homme marié. Il a une épouse et 2 enfants, dont un nouveau-né, et comme il ne nous laissait jamais sortir du lieu où nous étions littéralement séquestrés, et qui ressemblait plus pour nous à une prison qu'à un appartement, notre mère décide de saisir l'occasion et lui signifie que nous aussi, nous sortons, et que nous allons nous promener avec lui - étant bien entendu que pour cette tranche de vie où Diane était encore au berceau, l'expression "nous" se réfère à notre mère et Charles-Louis. Quoi de plus normal, en effet, pour un père de famille, qui vient de s'arranger pour sortir, que d'emmener sa petite famille faire une balade par une si douce après-midi d'automne ?
Mais la perspective, normale au demeurant, de cette compagnie familiale plonge l'individu dans la consternation la plus totale, si bien qu'il commence par grommeler qu'il "ne peut pas" (pour des motifs non mentionnés) nous prendre, et qu'il achève de se préparer au pas de course en vue de nous laisser plantés là.
Malheureusement pour lui, alors qu'il s'achemine au pas de l'oie vers la porte de sortie, nous l'y attendions déjà puisque notre mère s'était apprêtée en un rien de temps.
L'autre, l'air sombre et bien attrapé que notre mère soit déjà prête à la fin de ses petits peaufinages de beauté, essaye d'abord de nous semer avant la sortie de l'immeuble, tant et si bien que notre mère fut obligée de bloquer la porte de l'ascenseur, dont il avait pressé les boutons en toute hâte afin qu'elle se referme avant que nous ne puissions y entrer. Et c'est au pas de course que démarre cette promenade familiale, Pierre Roche accélérant sans cesse son rythme de marche pour conserver plusieurs mètres d'avance, et notre mère étant obligée, après quelques minutes à ce train-là, de prendre Charles-Louis dans ses bras, ses petites jambes d'enfant ne lui permettant pas de maintenir une allure suffisante pour ne pas être semé par la fuite de son géniteur.
Voyant qu'il ne sert à rien de tenter de nous laisser sur place en piquant un 100 mètres, l'autre change de tactique. Il tirait une gueule comme l'on en voit rarement et commence à maugréer des paroles de rejet et de méchanceté envers les siens. Pour arriver enfin à l'élégante conclusion de ce lamentable déversement de bile en forme de monologue, en éructant : "je vois pas ce que vous venez foutre".
Son regard, fixé sur ses souliers, se levait parfois pour se braquer sur sa montre : c'est que le temps passe vite quand on ne sait pas par quel moyen se débarasser de femme et enfant comme préliminaires à un rendez-vous tarifé dans les chauds quartiers.
Voilà qu'il remet ça en se mettant à courrir ; mais malgré ses talons hauts, notre mère arrive, tant bien que mal, à suivre avec Charles-Louis dans ses bras ; et l'autre, ne parvenant décidément pas à nous larguer après nous avoir fait errer sans but au pas de course, s'arrête soudain net, pensant avoir enfin trouvé l'idée géniale à même de le débarasser de nous.
"Je ne vois pas pourquoi vous venez, je vais au Palais".
Plutôt novateur comme but de promenade familiale, surtout pour un samedi où Pierre Roche, ne travaillant pas ce jour là, n'avait rien à faire en ces lieux. Ce n'est pas grave : même si nous n'avons aucun goût particulier pour les tribunaux, où il nous a par la suite traînés tout au long de 2 décennies, nous décidons de le suivre. Après tout, n'est-ce pas le rôle d'une épouse et d'un enfant que d'accompagner leur mari et père, quelque infâme qu'ait été sa compagnie ?
Nous nous retrouvons donc dans le bureau du bourreau, lui s'étant plus précisément assis derrière son bureau, et commençons tous trois à nous ennuyer copieusement et à attendre ...
Alors il se met à faire semblant de gratouiller quelques papiers - histoire de faire mine de travailler - et à fumer à la chaîne, écrasant mégot sur mégot dans son cendrier, s'imaginant soit qu'il peut nous faire partir soit qu'il peut nous asphyxier. Mais nous restons là, stoïques, attendant le moment où ce magistral labeur, apparemment doté d'un degré d'urgence extrême, prendra fin pour que la petite famille puisse enfin terminer sa promenade avant de rentrer au bercail.
Pour distraire Charles-Louis, notre mère sollicite de Pierre Roche l'attribution gracieuse (naturellement dans le sens de gratuite) d'un crayon, ainsi que d'une feuille de papier pour que son fils puisse au moins faire des petits dessins. Brusquement atteint de surdité, l'autre ne se décide à répondre qu'au bout d'un long moment, et suite à plusieurs réitérations, en daignant enfin jeter dans la direction de son petit garçon une feuille qui atterit lamentablement par terre. Quant à un quelconque crayon ou stylo, il prétend ne pas en avoir, malgré la présence d'un pot qui en est rempli sur sa table - mais finalement, mieux valait probablement pour le petit Charles-Louis n'avoir pas de stylo du tout que d'en recevoir un par le visage.
Charles-Louis babillant à un moment donné tout seul dans son coin, comme le font parfois les enfants, Roche lui hurle sans sommations de se taire.
Suite à quoi l'enfant n'ose même plus ouvrir la bouche.
Et quelques longues et pesantes minutes plus tard, voyant que non, décidément, nous ne nous lassions pas de sa présence putride, Pierre Roche lève brusquement la séance en aboyant : "y'en a marre, foutez le camp d'ici ou je vous fais sortir. Vous allez rentrer de votre côté et je vais aller du mien, sinon je vais vous faire regretter à tous les deux de m'avoir emmerdé."
Rien n'y fait, et comme nous allions, de toute manière, du même côté, nous l'avons suivi, lui tentant à nouveau de nous larguer, mais sans plus de succés qu'auparavant. Il grommelait des propos aussi méchants que blessants, et carrément orduriers ; et puisqu'il n'était pas question que nous cessions, de gré ou de force, de le "coller" selon ses propres termes, lui vint l'idée d'une nouvelle destination où nous traîner. Il tourna la tête vers nous avec un regard de possédé et nous lança : "je vous amène au commissariat."
Curieux endroit où promener sa famille : le Palais de Justice constituait déjà un choix plutôt original, mais avec le commissariat, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a surenchère dans l'innovation.
Nos pas nous mènent donc en vue dudit commissariat - et attention, pas le moindre petit poste de police de quartier : quand on est substitut général à la Cour d'Appel de Rouen, c'est au Commissariat Central de cette même ville que l'on traîne sa jeune épouse et son enfant de 5 ans.
Le trajet se passe comme à l'accoutumée, les menaces aboyées se faisant toutefois plus précises : "je vais t'apprendre à vivre, moi", "je vais vous mater" ...
Et puis soudain, alors que nous abordons la ligne droite qui mène au fameux commissariat qui constitue désormais notre horizon, au propre comme au figuré, voilà que Pierre Roche prend soudain Charles-Louis dans ses bras.
Un brusque accès de tendresse ? Certainement pas !
Le geste d'un monstre auquel il resterait tout de même un fond d'humanité le poussant à tenter de rassurer quelque peu son enfant, à 2 minutes du train fantôme ignominieux qu'il s'apprête à lui faire prendre ainsi qu'à sa mère ? Pas davantage !
S'agissait-il enfin de soulager notre mère, fatiguée par les divers sprints de l'après-midi, du poids de Charles-Louis ? Il faudrait être d'une très grande naïveté pour se l'imaginer !
Le but de la maneuvre était, en effet, de se livrer in extremis à l'un des numéros de comédien dont Pierre Roche avait le secret, consistant en l'occurence à procéder dans la dernière ligne droite (c'est le cas de le dire) à un conditionnement psychologique express de Charles-Louis, qui avait pour objectif d'impressionner et de déstabiliser l'enfant, afin de l'amener à faire écho aux délires de son géniteur une fois au commissariat.
Pour résumer les propos prononcés par l'abject personnage en cette occasion innommable : "Maman veut me tuer : Maman veut tuer papa", c'était soi-disant prévu pour le jour-même et si Carlo, puisque tel était le diminutif de son interlocuteur en bas âge, ne voulait pas se retrouver "en prison avec Maman", il valait mieux qu'il "dise tout comme papa" - c'était plus sûr ... Et devant le refus anticipé de Charles-Louis d'accepter ces balivernes et de répercuter les élucubrations malsaines de ce spécialiste en dé-raisonnements, l'autre de renchérir : "si, si, la preuve : elle me l'a dit".
Mais nous voilà déjà arrivés au Commissariat Central ; et Charles-Louis, déjà choqué par ce qui n'était que la mise en bouche de cette après-midi traumatisante, put enfin quitter les bras hostiles de son géniteur pour aller, apeuré, se réfugier dans les jupes de sa mère - pendant que Roche synthétisait ses discours par une dernière volée de : "vous allez le regretter toute votre vie, de m'avoir collé. Je vais vous mater, tu vas voir".
Qu'allions-nous voir ? On va bien voir ce qu'on va voir ! Alors voyons ...
Et ça commence de manière assez modeste, plus précisément par la vision d'un planton de garde alors que nous accomplissons les derniers pas qui nous rapprochent inexorablement du fameux commissariat. Sitôt le colis récalcitrant (en l'occurence son fils) posé à terre, Pierre Roche dégaine plus vite que son ombre l'arme absolue, qui lui donne tous pouvoirs en ces lieux de malheur : sa carte de magistrat, fièrement exhibée au planton encore tout héberlué de notre petit débarquement familial improvisé, et qui vient voir ce que nous voulons.
Ce dernier est encore en train de se demander si le magistrat Roche ne serait pas en train de confondre les geôles du Commissariat Central avec une sorte de DisneyLand carcéral à visiter en famille le week-end, lorsque l'autre lui assène sèchement, et sur un ton qui n'admet pas de réplique : "Pierre Roche, magistrat. Je veux voir le Commissaire Principal".
Sa qualité déclinée, c'est aussitôt l'agitation parmi les chiens policiers de l'accueil, et l'autre se rengorge de sa puissance à voir tous ses fidèles toutous en uniforme lui faire fête de la sorte et lui dérouler le tapis rouge avec empressement en espérant un nonos.
Voir le Commissaire Principal ? Au débotté et toute saffaires cessantes ? "Mais comment donc, Monsieur le Magistrat. C'est par ici".
Maman aussi tient à voir le Commissaire Principal, comme elle l'indique sur le champ, alors que nous emboîtons le pas à Pierre Roche. Mais l'autre, sans se retourner, se met à aboyer à sa petit cour instantanée de subalternes obséquieux au garde-à-vous un "pas question, elle, elle reste ici" - quant à Charles-Louis, lui, il n'est même pas mentionné : il n'existe même pas. Il est littéralement collé à sa mère, et serre très fort sa main pendant que s'éloignent - mais pour l'instant seulement - les pas du bourreau et de son escorte - certains des agents étant restée avec nous pour surveiller les deux nouveaux ennemis publics n°1, dont un enfant en bas âge, et s'assurer que nous ne le suivions pas, lui offrant un rempart de leurs corps.
Nous nous tenons toujours debout dans le hall d'entrée, à côté d'une salle d'attente spécialisée dans l'accueil des clochards et prostituées - "clients" habituels en ces lieux, mais absents en ce samedi après-midi, où les patrouilleurs étaient probablement revenus bredouilles de l'une de leurs petits sorties de récolte.
Charles-Louis fond en larmes et commence à se plaindre à voix haute, et de manière répétitive, du fait que papa est en train de "nous faire mettre en prison". Rien ne parvenait à le rassurer (c'est qu'il connaissait déjà le personnage ...), alors que notre mère faisait de louables efforts pour tenter de calmer sa crise de panique - et de toute manière, elle était déjà au courant que Pierre Roche était, à ce moment même, en train de faire ses effets de manche à l'étage pour dénoncer un crime de lèse-majesté dans le plus pur style : "vous comprenez, mon cher, à ce compte-là, ma femme et mon moutard vont m'accompagner jusque chez les putes, alors qu'il vous serait si facile de leur épargner cette peine si vous acceptiez de me les garder bien au frais un petit moment sous un motif quelconque".
La tractation devait s'éterniser, et le temps nous parut bien long. Et cette attente lancinante n'arrangeait rien à l'état de fatigue de notre mère, pas plus qu'au degré d'épuisement, doublé de peur, qui ne quittait plus Charles-Louis.
On va finalement s'asseoir ; Charles-Louis voit des grilles et refond en larmes, tout impressionné qu'il est (qu'il était !) par le lieu, les uniformes, les armes et les regards sévères lancés par des policiers prêts à tout sur un simple signe de tête de leur supérieur. Tout le monde au garde-à-vous devant Pierre Roche, et nous quasiment en garde à vue sur son ordre ... En quelque sorte une répétition générale, pour son ex-femme comme pour son fils, de la garde à vue, véritable cette fois, qu'ils devaient avoir à subir ultérieurement dans le volet le plus surréaliste des 20 années de persécutions qui nous furent infligées par Pierre Roche.
Un autre planton s'approche, et nous demande ce que nous faisons là ... Mais nous-mêmes, nous ne le savions pas non plus.
Après une attente interminable, on vient enfin nous chercher pour nous traîner à l'étage. "Où nous emmenez-vous ?" Non pas chez le Commissaire Principal, mais chez son adjoint, "qui veut nous voir".
Le n°1 étant déjà très occupé, en l'occurence à tenir le crachoir à Roche pendant que celui-ci, venu faire sa psychanalyse, déverse toute sa bile dans son bureau, c'est, donc, le n°2 qui nous reçoit, les deux étant apparemment désarçonnés par une situation aussi surréaliste, à laquelle rien n'aurait pu les préparer à l'école de police, et souhaitent obtenir de notre mère quelques éclaircissements sur ce qu'il se passe au juste - ce que les longs discours de Roche ne leur avaient pas permis de déterminer jusqu'à présent.
On nous conduit donc dans le bureau du Commissaire Principal Adjoint de Rouen, qui se présente : il s'agissait de Monsieur Bacon. Il s'est révélé être assez gentil et plutôt bienveillant au fil de la séance.
Plus que perplexe, il demande à notre mère de lui expliquer ce qu'il se passe, au juste : "Pourquoi êtes-vous ici, Madame ? Je ne comprends pas". Nous aurions bien aimé le savoir nous aussi ...
Notre mère lui a donc fait à bâtons rompus un condensé de notre vie, qui part de l'arrivée de Pierre Roche dans la magistrature au moyen des différents pistons fournis par les relations de notre grand'père maternel, qui passe par ses frasques draguignanaises et qui se termine en apothéose sur le récit de cette journée d'apocalypse - une de plus. En deux mots : le magistrat Pierre Roche entend faire sanctionner son épouse, et accessoirement leur fils, pour l'avoir empêché de "répondre à l'appel de la forêt", et c'est à cet effet qu'il les a amenés au Commissariat Central de Rouen pour les "mater", requérant en urgence, dans la poursuite de cette noble cause et tant qu'à faire, les diligences et l'assistance du Commissaire principal.
Abasourdi par ces révélations, le Commissaire Principal Adjoint Bacon est sorti de derrière son bureau pour venir s'asseoir avec nous dans le fauteil situé à côté de celui qu'occupait notre mère avec Charles-Louis sur ses genoux. Il nous déclara qu'il n'avait jamais vu ça, et qu'il était complètement sidéré.
Notre mère lui raconta aussi comment, pendant qu'elle mettait Diane au monde dans le Midi, Pierre Roche avait installé la prostituée draguignanaise Mireille Luccerini dans son appartement à Rouen, que cette dernière avait complètement saccagé à cette occasion - comme cela est détaillé par un autre récit de la rubrique Au fou. Elle lui dit comment, durant tout le trajet qui nous menait ici, Pierre Roche faisait de l'action psychologique à son enfant pour tenter d'obtenir une caution à ses dires et de l'utiliser pour faire du mal à sa propre mère. Et le reste de la discussion fut à l'avenant.
Au bout d'un long moment, quelqu'un est venu nous chercher : à cours de munitions, Roche avait apparemment fini sa crise chez le Commissaire Principal, qui se disait prêt à recevoir Maman pour l'écouter.
Mais étant donné notre niveau de fatigue sur tous les plans, après cette journée sous tension, nous n'avions qu'une seule hâte : celle de rentrer chez nous. Aussi, notre mère, pleinement consciente que tout cela ne servait à rien, et qu'il était parfaitement inutile de tout raconter à nouveau, déclina-t-elle l'invitation. Pierre Roche et ledit Commissaire Principal arrivaient d'ailleurs dans le couloir, se serrèrent la pince, et Roche fit semblant de parler à son interlocuteur d'une affaire en cours, sur le schéma : "Et alors, en correctionnelle, Maître Untel va devoir faire tel acte" ... Conformément à ses habitudes, Roche prenait une fois de plus son monde pour des imbéciles. Enfin, nous savions très bien tous les 5 pourquoi nous étions là, alors, à qui croyait-il donner le change, et qui s'imaginait-il tromper ?
Après notre départ, sans parler des jasements du rez-de-chaussée parmi la volaille de bas-étage (plus exactement de basse-cour), nul doute que le Commissaire Principal et son adjoint, tous deux médusés par cette prestation, ont dû en reparler, et s'écrier d'une seule et même voix : "Au fou !"
Nous finîmes par quitter ce commissariat, le jour déclinant, pour regagner notre appartement, qui n'avait rien à lui envier sur le plan carcéral, libres de reprendre notre vie pourrie et de tirer le rideau sur cette nouvelle journée de malheur.
Mais les conséquences de cette extravagance allèrent plus loin que cette mémorable après-midi / soirée, laquelle fut, soit dit en passant, l'une des rares où nous savions à quelle heure Pierre Roche, qui rentra avec nous, allait regagner le domicile conjugal ; et l'une des seules où il y rentra, certes suintant de haine comme à l'habitude, mais, à titre exceptionnel, sans l'odeur pestilentielle d'alcool et de cocottes qu'il ramenait chez nous de ses escapades nocturnes - sans parler des traces de rouge à lèvres sur ses cols de chemises.
A deux ou trois jours de la séance, voilà que notre mère reçoit un coup de téléphone péremptoire du Parquet Général de Rouen, par lequel on lui signifie que le Procureur Général Cordier souhaite la voir à son bureau, et la convoque à cet effet.
Au jour et à l'heure dite, notre mère est introduite dans le bureau de Cordier, qui lui réserva un accueil glacial, et qui, tout d'abord, à peu près aussi gracieux qu'une porte de prison, lui annonça qu'il l'avait convoquée par rapport au "scandale" qu'elle serait allé faire au Commissariat Central de Rouen.
Réaction épidermique de l'intéressée, qui dut détromper immédiatement son interlocuteur, auquel Roche avait, par précaution, fait subir un petit briefing tout ce qu'il y a de plus mensonger. Notre mère s'est donc fait un devoir de mettre sur-le-champ le Procureur Général au courant de ce qu'il s'était réellement passé au Commissariat, et des circonstances qui nous y avaient menés tous les trois. En résumé : que Pierre Roche avait traîné son épouse et leur petit garçon à la kommandantur pour les "mater" au motif que ceux-ci avaient commis le crime de lèse-majesté, consistant à attacher leurs pas aux siens une après-midi où il avait souhaité "répondre à l'appel de la forêt". Et elle compléta rapidement le tableau par un bref résumé de ce qu'était devenue sa vie depuis que sa route avait croisé celle de Pierre Roche.
Adossé à l'un des murs de son bureau, et l'air on ne peut plus sidéré, Cordier était, selon ses propres termes, "complètement abasourdi". Très gêné, il dit qu'il allait se renseigner auprès du Commissaire Principal et de son adjoint Bacon - ce qu'il n'avait malheureusement fait préalablement à la convocation de notre mère, laquelle lui a, par ailleurs, indiqué un certain nombre de supérieurs passés de Pierre Roche qui confirmeraient unanimement à quel point ils avaient pu constater que leur ancien subordonné était un fou dangereux.
A la fin de l'entrevue, le moins que l'on puisse dire, c'est que le ton du Procureur Général avait changé. Et c'est même avec courtoisie qu'il raccompagna à la porte notre mère, qui n'a plus jamais entendu parler de cette histoire - immédiatement étouffée et couverte par la hiérarchie.
Pierre Roche, lui, a tranquillement pu, sans aucune sanction et dans l'impunité la plus totale, poursuivre sa carrière et continuer à juger les autres à haut niveau, sans parler de toutes les persécutions qu'il nous a infligées avant et après le divorce.
Cela après une telle prestation et des extravagances qui, à elles seules, auraient valu, au bas mot, une enquête psychiatrique à n'importe qui - du moins à qui que ce soit d'autre qu'un magistrat.
Quant à Charles-Louis, il fut très marqué par cet épisode, qui est resté gravé dans sa mémoire de manière définitive.
Si bien que le petit garçon en fut d'ailleurs littéralement traumatisé - mais quel enfant de 5 ans ne l'aurait pas été dans de telles circonstances ?
Il se réveillait la nuit en sueur et en hurlant à propos de vision de "grilles" qui s'imposaient à lui durant son sommeil. Et ce n'est que quelques semaines plus tard que ces cauchemars finirent par s'estomper.
Enfin, il faut bien être conscient qu'il ne s'agit là que d'un épisode entre mille - et encore d'un épisode d'où la violence (du moins physique) se trouve, à titre exceptionnel, absente.
Et ce n'est là le récit que d'une après-midi sur les 11 années d'enfer domestique vécues au quotidien par notre mère entre les griffes de son bourreau.